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Vers un monde sans pauvreté

YunusJe termine aujourd’hui “Vers un monde sans pauvreté” de Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix et fondateur de la banque Grameen. Excellent témoignage de celui qui a été surnommé “le banquier des pauvres”, à l’origine du concept même de micro-finance. Cet ancien professeur d’économie bengali raconte sa vie, son œuvre et c’est tout à fait passionnant.

Depuis son enfance dans une petite ville du Bangladesh jusqu’à ses conférences à l’ONU en passant par le développement de sa banque des pauvres en Afrique ou à Chicago, Yunus ne cesse d’être animé par une foi inébranlable en la nature humaine et la capacité des oubliés de ce monde à sortir de leur situation de détresse par le biais du crédit solidaire.

Très intéressant de prendre conscience des difficultés rencontrées par Yunus pour imposer sa vision originale de l’aide humanitaire, mais aussi celle d’une activité bancaire absolument opposée à celle qui prévaut dans les banques classiques.

Voici quelques aspects intéressants et originaux de son aventure :

- Il s’est résolu à ne prêter quasi exclusivement qu’à des femmes. Ainsi, il contourne l’emprise des hommes sur les femmes, notamment dans son pays d’origine, le Bangladesh, où la religion musulmane et le schéma rural classique de la société rendent toute initiative très compliquée (vraiment burlesque de lire les descriptions de Yunus parlant aux femmes de son village à travers une paroi de bois pour essayer de les convaincre de rejoindre Grameen…). Et il faut bien avouer que les femmes, ce n’est apparemment pas un cliché lorsqu’on lit ce livre, sont plus responsables et honnêtes que les hommes !

- Il prête sans aucune garantie de solvabilité. D’ailleurs, il prête aux plus pauvres parmi les plus pauvres, qui ne sont bien sûr pas solvables. Or, il obtient un taux de remboursement égal à 98 % en moyenne ! Il compare à de nombreuses reprises ce taux à celui des banques classiques du Bangladesh dans les années 70, de l’ordre de quelques dizaines de pourcents tout au plus. Jamais les banques classiques n’accepteraient de prêter à des clients aussi déshérités. Et ce n’est pas qu’une histoire d’assurance d’être remboursé, mais surtout de frais engagés pour prêter des sommes ridicules, ce qui rendrait l’opération déficitaire.

- L’organisation et le fonctionnement de sa banque Grameen suivent un modèle précis ainsi que des règles morales. Les employés sont recrutés très jeunes et formés par Grameen, avant toute autre expérience dans une autre banque. Ceux-ci doivent passer l’essentiel de leurs journées sur le terrain, à chercher de nouveaux déshérités à qui proposer des prêts solidaires. Ils doivent instaurer une relation de confiance avec leurs clients et sont investis d’une mission de développement et d’accompagnement de ces clients.

- La banque Grameen est détenue par ses clients, il n’y a pas d’autre actionnariat extérieur (à part le gouvernement du Bangladesh, à hauteur de quelques pourcents), ce qui renforce le principe solidaire et non intéressé de Yunus et de Grameen.

- Les taux d’intérêt vont de 20 à 40 % annuels. Ces taux peuvent sembler énormes, à première vue, à des occidentaux de notre genre. Cependant, il faut savoir que d’une part ces taux sont bien moindres que ceux pratiqués par les usuriers et prêteurs sur gages, monnaie courante dans le tiers monde, qui atteignent plutôt 10 à 20 % mensuels et parfois hebdomadaires (!), et d’autre part l’activité de micro-finance implique beaucoup d’employés, donc beaucoup de frais, pour des sommes plutôt basses, ce qui oblige Grameen à pratiquer de tels taux pour être rentable et continuer à exister et à se développer.

- Les pays occidentaux ont eu beaucoup de mal à accepter Grameen, puisqu’il s’agissait clairement d’un transfert de technologies (ou d’idées, de concept…) d’un pays pauvre du Sud vers l’occident riche et développé.

Je finis sur une citation de Yunus : “La qualité de vie d’une société ne devrait pas se mesurer au mode de vie des riches mais à celui de ceux qui sont au bas de l’échelle sociale”.

Les petites banques suisses familiales…

Intéressante intervention ce matin sur BFM d’un spécialiste du milieu bancaire à propos des Paradis fiscaux et notamment d’UBS, qui vient de livrer 4450 noms de clients au Fisc américain. Le spécialiste estime que ces quelques milliers sont la partie émergée de l’iceberg et que les véritables grosses fortunes ainsi que les personnes morales ont transféré leurs comptes vers de petits établissement suisses familiaux, très discrets, ces derniers mois. A l’abri donc. Et pour le reste, “à Singapour, tout va très bien merci” :-) .

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Nespresso, une belle leçon de Marketing

Mes parents m’ont récemment offert une machine Nespresso pour faire du bon café. Eh bien elle remplit parfaitement sa mission ! Mais je suis surtout impressionné par la qualité des produits et des services qui l’entourent. La nébuleuse Nespresso…

Dans la boite, vous trouvez le numéro de série de votre machine, qui va vous permettre de vous inscrire au “Club Nespresso”. Donc, impression d’être unique, de faire partie d’un club, d’un cercle d’initiés : bien vu. L’univers Nespresso respire le luxe : le catalogue des machines est imprimé sur du joli papier épais, avec de belles photos sur fond noir et le catalogue des dosettes de café s’appelle “Grands crus”…

Le système de distribution de ces dosettes dont on a souvent dit qu’elles étaient trop chères ou pas assez écolo est lui aussi particulièrement bien pensé : il s’agit de boutiques exclusives, ou de vente sur le Web, via le site Nespresso.

Tout cela me fait beaucoup penser à Apple : maîtrise impeccable de son image, simplicité d’utilisation, design soigné et réussi, pas trop de références, prix relativement élevés, impression de faire partie d’un “clan”, service après-vente au top (enlèvement à domicile), points de vente uniques…

De nombreux secteurs verront apparaitre une marque de ce genre ces prochaines années, venant dépoussiérer les produits existants et les habitudes de consommation. Je pense aux lunettes, aux montres, aux chewing-gums, aux parfums, à l’eau minérale, etc. Et à l’inverse, des enseignes low-cost se développeront sur ces mêmes créneaux. Le milieu de gamme pèsera beaucoup moins lourd.

Un gouvernement mondial issu des ONG

Selon Attali,

“Comme la crise des tulipes a pu, en 1637, ouvrir la voie à 150 ans d’une formidable croissance des provinces-unies, la crise des subprimes, première véritable crise de la mondialisation, pourrait accélérer considérablement la prise de conscience de la nécessité de mettre en place, un jour, un égal accès au savoir, une demande mondiale stable, un salaire mondial minimal, une socialisation de l’essentiel des fonctions monétaires, instruments de la souveraineté, un état de droit mondial, prélude, à terme, à un gouvernement mondial“.

Si cette prédiction devait se réaliser, on pourrait dire, après coup, que la crise a été bénéfique !

A l’instar de la hausse du prix du pétrole qui nous oblige à développer des énergies vertes, la crise pourrait bien nous obliger à plus de contrôle, de transparence et d’équité au niveau mondial, rendus possibles, en effet, par un gouvernement mondial.

A mon avis, pour qu’un tel gouvernement mondial soit efficace, il devrait être principalement issu du monde des ONG, qui recèle des talents largement sous-exploités. Imaginez un gouvernement mondial indépendant du monde politique classique, composé presque uniquement d’acteurs du monde de la micro-finance, des associations environnementales, de quelques secteurs économiques-clés de demain, etc.

Voilà une bonne piste pour un tel organe mondial de décision, de conseil et d’aide au développement.

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“Les performances passées ne présagent pas des performances futures”

Ce vieil adage financier, souvent couplé à celui qui dit que “les arbres ne montent pas au ciel”, doit en permanence être gardé en tête. Qui aurait cru, il y a 10 ans, que les Big Three et les grandes banques d’affaires seraient au bord de la faillite ? Que l’une des plus grosses entreprises des USA serait un site web ?

En janvier 2007, je me rappelle avoir lu dans le San Francisco Chronicles (version papier !) une interview-type, qui paraissait chaque semaine, en donnant la parole à un foyer à propos de son patrimoine. Cette semaine-ci, il s’agissait d’un couple de trentenaires, lui prof de tennis et elle cadre sup.

Ce couple d’Américains upper-middle semblait sûr de son coup : “nous prendrons notre retraite à 50 ans, soit dans une petite vingtaine d’années. Il suffit pour cela de continuer à agir comme nous le faisons : changer de maison tous les 4 ou 5 ans en faisant à chaque fois une plus-value et investir parallèlement sur les marchés boursiers, de manière à doubler notre capital tous les 3 ou 4 ans”.

Je me demande quelle est leur situation financière aujourd’hui ! A l’époque, un tel raisonnement ne semblait pas choquer plus que cela le conseiller financier en charge de la rubrique. Il avait simplement mis en garde le couple sur l’immobilier, les prévenant que les plus-values ne seraient plus ce qu’elles étaient. Je me souviens avoir été stupéfait par le voile qu’ils semblaient avoir devant les yeux ! Il est vrai qu’à l’époque, rares étaient ceux qui osaient dire haut et fort ce qui pourtant semblait clair : le marché immobilier était extrêmement sur-valorisé. On a vu ce que cela a donné par la suite…

Tout cela pour dire qu’une situation donnée peut être beaucoup plus précaire qu’il n’y parait. J’ai été impressionné, dans cette crise, par la vitesse de son impact sur certaines des entreprises les plus profitables et/ou prestigieuses du monde. Et notamment, bien entendu, sur les plus endettées, à l’image de la classe moyenne américaine… “Cash is King”, comme dirait l’autre !

L’affaire Madoff, par Amir Weitmann

Je viens de terminer “L’affaire Madoff“, d’Amir Weitmann et je vous en conseille la lecture. L’auteur a en fait donné la parole à une quinzaine de personnes, plus ou moins proches de Bernie, qui racontent leur rencontre et leur relation avec Madoff, ce “bon père de famille”, cet “investisseur à l’ancienne”, à la réussite incroyable.

Les anecdotes sont toutes intéressantes et peignent le portrait d’un homme aimé de tous, qui avait la confiance de tous. Le portrait d’un visionnaire aussi, à travers le témoignage d’un gestionnaire de fortune l’ayant rencontré pour la première fois le 11 septembre 2001 à 8h30 du matin, dans ses bureaux de Manhattan, lorsqu’il a décrit la situation avec froideur et précision alors que personne ne savait ce qui se passait ce matin-là.

Ce qui est étonnant dans cette affaire, finalement, c’est que l’on ne parvient absolument pas à saisir la raison de cette gigantesque arnaque, cette pyramide de Ponzi. Madoff avait déjà fait fortune avec sa société de courtage (donc légalement), avant de lancer son faux Hedge Fund. Qu’est-ce qui l’a poussé à aller aussi loin ? Il dit avoir été entrainé dans une spirale en voulant cacher ses premières pertes, au début des années 90. Il est vraiment étonnant qu’un homme de sa trempe, ayant créé le Nasdaq et su amasser une telle fortune, n’ait pas pu s’arrêter à temps ! Serait-ce l’orgueil ? Pourtant, aucun des commentateurs du livre ne lui prête ce défaut… C’est à n’y rien comprendre.

En tout cas, c’est un livre intéressant sur un homme au parcours hors du commun et sur un milieu méconnu, vite écrit, vite lu, mais qui remplit bien sa mission : approfondir un peu le plus gros bluff de tous les temps, en nous faisant voyager de la Floride aux Hamptons en passant par la côte d’Azur et Gstaad.

A la fin, l’auteur évoque le système de retraites par répartition et pose la question de sa durée de vie, puisqu’il s’agit aussi d’une chaîne de Ponzi… et que toutes les chaînes de Ponzi finissent par s’écrouler un jour ou l’autre, faute d’une progression exponentielle et constante du nombre de nouveaux entrants !

Intéressante étude sur les dangers qui menacent Google

Quelques mois après la mémorable étude sur les forces de Google, en voici une sur ses possibles faiblesses ! (Full Screen disponible en cliquant en bas à droite)
Merci Ouriel.
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Comment la BlueCar va redistribuer les cartes

Bolloré prend d’ores et déjà les commandes pour la Blue Car, sa voiture électrique louée 330 euros / mois. Elle sera capable de parcourir 250 km avec une batterie chargée 5 heures sur une prise classique. Cette batterie contient du Lithium, qui va peut-être devenir le pétrole du XXIème siècle.

Ceci va probablement déplacer le pouvoir énergétique du Moyent Orient en Amérique du Sud, et plus particulièrement en Bolivie, où se trouve la moitié des réserves mondiales de ce nouvel or noir, qui pour le coup est plutôt blanc argenté :-) .

Dès lors, l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe en général vont faire face à un grand défi : celui de se renouveler, à l’image de Dubaï, qui mise à fond sur le tourisme.

Mais la voiture électrique au Lithium ne sera pas forcément la seule gagnante du combat que se livrent les constructeurs auto : l’hydrogène est aussi dans la course (BMW), ainsi que d’autres types de batterie, dont les composants sont peut-être dans un tout autre sous-sol !

Répartition des richesses & amalgames

Ces dernières semaines, on entend tout et n’importe quoi à la TV à propos de la répartition des richesses, du salaire des patrons, du pouvoir d’achat des Français, etc. Tentons d’y voir un peu plus clair…

- D’abord, intéressons-nous à une idée plutôt saine en temps de crise : plafonner les salaires des dirigeants des banques aidées par l’Etat. Il parait bien normal qu’une entreprise en grande difficulté n’octroie pas de rémunération choquante à ses dirigeants. Mais certains, souvent appuyés par “la rue” ont envie d’aller plus loin et de limiter les salaires de tous les dirigeants, même lorsque leurs résultats sont bons, c’est à dire lorsque l’entreprise qu’ils dirigent est largement bénéficiaire. Le point ici n’est pas de débattre du bien-fondé de cette idée, mais plutôt de s’intéresser aux motivations avancées par les demandeurs. Les termes “limiter les dérives d’un système capitaliste devenu mauvais” reviennent souvent. Or, ce n’est pas en diminuant la rémunération du travail que l’on s’attaque à un “système capitaliste”. C’est même exactement l’inverse. Les gros salaires, par définition, rémunèrent un travail, et non un capital ! Rien à voir donc avec une limitation des “abus capitalistes”…

- Ensuite, précisons quelques chiffres. En 2007, la valeur ajoutée des entreprise s’est répartie comme suit : 500 milliards d’euros de salaires ont été distribués par les entreprises en France, 190 milliards d’euros ont été investis et 80 milliards ont été distribués aux actionnaires (dont la moitié en dividendes, soit 40 milliards). On voit donc que la rémunération globale des actionnaires (donc celle du capital) ne représente même pas un cinquième de la rémunération globale des salariés (donc celle du travail). Et si l’on parle uniquement des dividendes, ce n’est même pas un dixième ! Où est donc ce “méchant système capitaliste qui privilégie le capital plutôt que le travail” ?

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Encore un quotidien qui ferme aux Etats-Unis

Le Rocky Mountain News, l’un des deux quotidiens de Denver, Colorado, arrête définitivement ses rotatives aujourd’hui. Déficitaire, le quotidien, vieux de 150 ans, avait été proposé à la vente pendant un mois, sans qu’aucun acquéreur sérieux ne se fasse connaitre.

C’est une victime de plus de la crise économique, mais aussi de celle qui frappe les médias et en particulier la presse écrite, depuis maintenant 10 ans. Contrairement au Christian Science Monitor, le Rocky n’a pas opté pour la poursuite de ses activités uniquement sur le web.

Les tarifs publicitaires en vigueur en ligne ne permettent en effet pas toujours de conserver de telles équipes, comme le rappelle ici Benoit Raphaël, à partir d’une démonstration de Frederic Filloux.

En revanche, de belles initiatives de Pure Players existent et certaines ont démontré leur capacité à être rentables et/ou à intéresser des investisseurs, la plus connue étant Huffington Post. Mais il y en a bien d’autres, voyez cette liste des 25 blogs les mieux valorisés en termes financiers.